Timeline .hack
L'Hexagone
À tout seigneur, tout honneur... Ouvrons donc cette sous-section consacrée aux symboles par l’emblème par excellence de la saga .hack : l’hexagone.
A priori, vous pourriez vous demander : « à quoi bon parler de l’hexagone ? N’est-ce pas simplement un contenant, un beau symbole, plus évolué qu’un triangle ou un carré ? Plus simple à utiliser qu’un pentagone ? Et, en plus, avec un hexagone, on peut faire de jolis motifs, c’est pratique... »
Oui, c’est vrai que vous pourriez me le rétorquer... Si vous le pouviez. Parce qu’en fait, vous ne pouvez pas. Na !
Bref, redevenons momentanément sérieux. Les raisons exposées ci-dessus sont sans doute valables, et elles ont peut-être pesé dans le choix final. Néanmoins, une fois qu’on a dit cela, on n’a presque rien dit.
Or donc, alors, certains autres d’entre vous pourraient me dire (oui, je sais, ils ne peuvent pas, mais faisons comme si...), bref, ils pourraient donc me dire : « l’hexagone est l’unité de base des wargames, les jeux de stratégie ; et s’ils ne sont plus forcément utilisés dans les jeux vidéos de stratégie, ils le sont encore dans les jeux de plateaux, et .hack étant un jeu très élaboré, l’utilisation de l’hexagone et des motifs d’hexagone symbolise la complexité et la richesse de son univers ». Là, je pourrais alors vous répondre que c’est ce que j’ai pensé initialement. Car .hack n’utilise pas seulement l’hexagone, mais aussi les motifs d’hexagone, il est important de le noter.

Néanmoins, aussi séduisante soit l’idée « motif d’hexagones = stratégie », certaines découvertes récentes m’ont amené à penser que le choix de l’hexagone provenait, probablement, de conceptions purement japonaises.

Exemples de mon (emblèmes japonais) de forme hexagonale
Kikkômoyô
Ainsi, après avoir découvert que les Japonais ont des cerfs-volants « rokkaku », c’est-à-dire hexagonaux (voir Kite), j’ai aussi découvert que la langue japonaise possède un vocable spécifique pour désigner les motifs d’hexagones : kikkômoyô. Cela signifie donc que les motifs en hexagones sont ancrés dans la culture japonaise. Aux yeux d’un Japonais, il est peu probable qu’ils évoquent donc des jeux de stratégie, mais plutôt un motif relativement familier.
Quoiqu’il en soit, sachant que .hack est un univers à clés, la question était : pourquoi cet attrait des Japonais pour les motifs hexagonaux ? J’ai commis l’erreur, presque enfantine, de ne pas chercher le sens de kikkômoyô, pensant que kikkô était un autre mot pour « hexagone ». J’ai donc simplement pensé que les motifs en hexagones se référaient aux abeilles. Cette idée semblait d’ailleurs correspondre parfaitement à l’univers informatique qui est celui de .hack : des abeilles vivant dans de petites unités (cell) formant ensemble un tout bien complexe. Bref un programme informatique avec ses sous-composantes. Ou, encore : The World.
Mais c’est au détour d’une lecture du Japon, Dictionnaire et Civilisation (collection Bouquins, éditions Laffont) que j’ai découvert cette définition suivante :
Bekkô. Écailles du ventre de la tortue (kame), autrefois utilisées, selon une méthode chinoise, pour rendre des oracles. On leur appliquait un fer rouge, et les réponses se lisaient dans les craquelures produites. On donne aussi le nom de bekkô à des décors de forme hexagonale inspirés de ces écailles.
Plus de commentaires à ce sujet me semble inutile. Sinon pour dire que j’ai cherché le mot bekkô dans les dictionnaires japonais online. Je ne l’ai pas trouvé. J’ai par contre découvert que kikkômoyô dèsigne la « carapace de tortue ». Kikkô signifie « tortue », et le mot est même utilisé seul pour désigner les motifs hexagonaux (sous sa forme anglo-saxonne de « kikkou »).
Japonaise habillée d'un motif « kikkou »
Par ailleurs, on peut voir que le chiffre six, qui se réfère évidemment à l’hexagone est assez souvent utilisé dans .hack. Par exemple dans les présentations, divisées en six parties. Ou encore, au sein même de l’histoire. Les éléments sont ainsi six, au lieu des cinq habituels en Extrême-Orient (et des quatre éléments occidentaux : air, eau, terre, feu).
Et c’est ainsi par le biais du chiffre six que je vais conclure cet article, en revenant à l’hexagone, et aux raisons de son choix. En effet, encore une fois de façon tout à fait fortuite, j’ai découvert un élément qui me semble capital dans la compréhension de ce symbole.
Le Bouddha des Six Voies
Je lisais un article de Télérama consacré à Miyazaki, et à son lien avec les traditions et croyances japonaises, lorsque je vis :
Jizo, protecteur des chemins... et des avortons.
« Jizo a eu un succès foudroyant au Japon. Dans le bouddhisme, on dit qu’il faut choisir la voie dans laquelle on va renaître, et il y a six possibilités. Jizo joue le rôle d’un guide. À l’entrée des cimetières, on trouve fréquemment six statues (une par voie) le représentant. »
« Comme il se situe entre la vie et la mort, il est aussi censé guider les enfants mort-nés. »
.hack, c’est en grande partie l’histoire de gens placés entre la vie et la mort (le coma). Mais c’est aussi l’histoire de la renaissance (concept bouddhique s’il en est) d’un monde disparu : le monde informatique frappé par Pluto Kiss (le baiser de la mort). C’est enfin, aussi, l’histoire d’une enfant qui aurait dû naître si l’amour de ses parents avaient été consommé. Bien que jamais née, elle est pourtant vivante, ce qui rejoint finalement le concept d’enfant mort-né, mais à l’envers. Inutile bien sûr de dévoiler le nom de cette enfant, autour de laquelle se structure tout l’univers .hack. Enfin, on pourra aussi évoquer le tragique destin d’une fleur qui n’aurait pas dû naître, et qui pourtant naquit. Or, c’est par elle que s’ouvre (chronologiquement) la saga .hack. Cette fleur de l’enfant abandonné, de l’orphelin, est-elle la fleur de Jizo « aux Six Voies » ?